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    Envoûtement au Bénin  
    Entre le livre de voyage et le journal intime, pour tous ceux que l'Afrique fascine, même si elle n'est plus fantôme. Plus qu'un récit de voyage, Au royaume d'Abomey est une histoire d'amour, commencée en 1984 avec La Mémoire du fleuve, qui se poursuit entre Christian Dedet et l'Afrique. L'aventurier n'est plus l'ami Jean Michonet, le cadre n'est plus gabonais, c'est l'auteur lui-même qui raconte, avec un indéniable talent, son aventure dans l'ouest du Bénin, à Possotomé et dans les environs. « J'ai essayé de retrouver les ingrédients du récit de voyage à la Stevenson, dans la mesure où le voyageur se définit lui-même à mesure qu'il essaye de connaître l'autre, avec ce que cela implique de dérision de soi-même », explique-t-il. Les premiers contacts du voyageur avec le Bénin datent du début des années quatre-vingt-dix, au moment où tombait la chape de plomb des années marxistes-léninistes et leur cortège d'interdictions, en particulier celles qui frappaient la religion vaudoue. La joie de vivre revenait dans les villages, en même temps que les idoles. Le culte reprenait force et vigueur, avec les fêtes, les danses, les cérémonies traditionnelles. Tel un moderne Michel Leiris, l'auteur relate avec précision les scènes auxquelles on lui permet d'assister. Récit de terrain, d'expérience, de rencontres. Journal intime aussi, car dans la texture du temps telle que la vivent les Béninois, Dedet tente de découvrir où il se place, quelle est sa relation avec le temps qui passe, avec l'âge, avec la vie elle-même. Intérêt personnel et littéraire, intérêt professionnel également, car le voyageur ne peut oublier qu'il est médecin. On peut reprocher à Christian Dedet d'avoir joué les Marcel Griaule sans en avoir l'assise culturelle. Mais pour le lecteur qui ne connaît pas le panthéon vaudou, les contes et les légendes qui entourent chaque dieu seront d'un incontestable attrait. Mis en situation, entourés, ils perdent leur côté figé et se mêlent à la danse des vivants. Le contexte historique et culturel, de même que la définition des termes spécifiques et des expressions en langue vernaculaire, tiennent une grande place dans ce livre. Il y a, en filigrane, un travail d'explication et même de décryptage de certains symboles sans lequel le lecteur se perdrait, tant le détail abonde. Transpirent en ces instants les connaissances du lecteur de Pierre Vergé et autres théoriciens de l'animisme et du vaudou. Les scènes de danse sont particulièrement détaillées. On sent la passion de l'auteur, par ailleurs ami du chorégraphe Alphonse Tiérou. Si l'on pouvait lire en fermant les yeux, il est sûr que l'imagination mettrait en piste les danseurs, leurs costumes multicolores et leur envoûtante musique. « Je me suis beaucoup intéressé au côté chorégraphique dans le vaudou et les fêtes qui y sont liées. » Est-il exagéré de voir là une facette de la passion tauromachique de Dedet, le ballet muet qui se noue entre toro et torero dans l'arène ? Le livre reste à tous moments pudique. Pas question pour Dedet de dire « nous, les Africains ». Il l'affirme sans ambages : « J'ai décrit le romantisme du Blanc qui aime l'Afrique. Je ne veux pas me substituer aux écrivains noirs. L'Afrique, les séquelles du passé, il n'y a que ceux qui en ont souffert qui peuvent en parler. » Mais il avoue aussi rester très amoureux. « J'éprouve spontanément une sympathie qui fait que, au lieu de juger, j'essaie de comprendre. Je devine la poésie qui anime les Béninois comme par empathie. » Le voyageur romantique se place aussi face à la réalité contemporaine, la misère, la maladie, le désarroi. Qu'importe. « Je suis un afro-optimiste mû par une profonde connivence avec les Africains en général. » Dedet perçoit le Bénin non pas comme victime d'archaïsmes et de traditions sans grand sens, mais, au contraire, comme une identité culturelle forte et riche qui s'incarne dans ses artistes, comédiens, danseurs, peintres, écrivains, etc. Loin de la politique, ce livre séduira les amoureux du voyage et de l'impressionnisme, et tous ceux que l'Afrique fascine, même si elle n'est plus « fantôme ». N.B. : Christian Dedet dédicacera son livre le samedi 25 mars à 16 heures à la librairie La Boucherie, 76 rue Monge, 75005 Paris. Renseignements au 01 42 17 08 80 ou www.laboucherie.com jeuneafrique

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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