| "The Constant Gardener": thriller kenyan pharmaceutique
Les romans de John Le Carré, complexes et foisonnants, ne sont sont pas chose facile à adapter au cinéma. Pourtant le talent du réalisateur brésilien Fernando Meirelles et l'alchimie de son duo d'acteurs Ralph Fiennes et Rachel Weisz font de son nouveau film, "The Constant Gardener" (mercredi sur les écrans français), une vraie réussite.
Le film, tourné en grande partie en Afrique, est un mélange fort de thriller et d'histoire d'amour, sur fond de dénonciation des agissements de l'industrie pharmaceutique qui utilise des êtres humains comme cobayes pour des médicaments expérimentaux.
L'histoire commence avec le meurtre de Tessa Quayle (Rachel Weisz), dont le corps est retrouvé dans un véhicule au bord d'une route déserte du Kenya. Avocate britannique, la jeune femme militait dans des ONG et dénonçait divers scandales de santé publique, mettant dans l'embarras le gouvernement kenyan et certains diplomates britanniques en poste dans le pays.
Un médecin local (Hubert Kounde), qui l'accompagnait et l'aidait dans ses recherches, est suspecté de l'avoir tuée, peut-être pour des raisons sentimentales car la rumeur le disait son amant.
Le mari de Tessa, Justin Quayle (Ralph Fiennes), un diplomate du Haut commissariat britannique au Kenya, accuse le coup avec dignité. Ses collègues pensent qu'il va rentrer en Grande-Bretagne et y faire son deuil.
Mais non. Guidé par le désir un peu pervers de savoir la vérité sur l'infidélité supposée de sa femme, il va également enquêter sur le meurtre de celle-ci, et découvrir qu'elle avait mis le nez dans un scandale mettant en cause l'industrie pharmaceutique et sa recherche du profit au détriment de la dignité humaine...
Après le succès de son précédent film "La Cité de Dieu", nommé à l'Oscar du meilleur film étranger, Fernando Meirelles a fait le pari à la fois d'adapter un roman de Le Carré et de réaliser un film personnel. L'histoire à suspense et le message humaniste n'empêchent ainsi pas un récit intimiste, au ton doux-amer, où il est question d'amour, de perte, de confiance perdue et retrouvée.
Les scènes les plus réussies du film sont sans doute celles racontant l'histoire d'amour entre Justin et Tessa Quayle, leurs doutes et leur passion, et l'enquête que mène le mari pour trouver la vérité sur sa femme décédée, comme habité, inspiré, guidé par son fantôme, sa mémoire, son esprit.
De la même façon, la mise en scène ne se veut pas hollywoodienne mais parfois proche du documentaire, et la narration non-linéaire donne de l'originalité à ce film passionnant, malgré parfois quelques clichés dans la description des "méchants".
"The Constant Gardener" a obtenu trois nominations pour les Golden Globes qui seront décernés mi-janvier, avant-goût des Oscars remis par la presse étrangère à Hollywood: une nomination comme meilleur film dramatique, une comme meilleur réalisateur pour Fernando Meirelles, et une comme meilleure actrice pour Rachel Weisz.
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