Il se sert de sa musique comme une redoutable arme pour brosser un tableau sombre des tares sociales sénégalaises. D’où l’emprunt de ses chansons d’une thématique caractérisée par des suggestions aux Sénégalais du devoir d’un retour à la source de nos mœurs traditionnelles qui nous rendra la "vérité" et notre identité. El Hadji Faye, puisqu’il s’agit bien lui, est un humaniste tendre mais qui ne laisse pas "marcher" sur les pieds. Ce qui se confirme par "sa bataille juridique" avec Viviane Ndour. La bataille juridique gagnée contre le lead vocal du Djoloff Band, El Hadji Faye s’impatiente de rentrer dans "ses fonds équivalent à 5 millions de francs Cfa". Au temps de la belle époque: Comme un oiseau volant aux grés des vents, le début de la carrière musicale d’El Hadj Ndiaye est ponctué dans un radieux froufroutement. Entré en musique en 1974, El Hadj Faye a d’abord intégré le Niaye Orchestra avec les Allasane Ndoye, (actuel propriétaire du night-club le Ravin), avant de faire un saut à la mythique boîte de feu Ibra Kassé, le Miami. Après un bref retour sur ses pas au Niaye Orchestra, le jeune El Hadj réintègre à nouveau Miami où il fera la rencontre avec le jeune Youssou Ndour, Badou Ndiaye, feu Sow Sabor. Ce quartet gagnant constituera l’épine dorsale de la future "Etoile de Dakar" qu’El Hadj qualifiera de la "belle époque". Les succès s’accumulant, le groupe versera bientôt dans l’éclatement avec le départ de Youssou Ndour en 1981. "Après une soirée, Youssou nous a convoqué pour nous faire part de sa volonté de quitter le groupe et a demandé à ceux qui souhaiteraient collaborer avec lui de le suivre", se souvient El Hadji qui précise la rupture était plutôt motivée par un besoin d’indépendance des uns et des autres. "Après le départ de Youssou qui voulait désormais voler de ses propres ailes, j’ai continué avec Mass Diokhané, Badou Ndiaye en créant Etoile 2000". "La rupture a été très difficile des deux côtés. Parce que nous étions devenus comme des frères. Mais la vie étant ainsi faîte, il fallait que chacun continue son bonhomme de chemin", se remémore El Hadj. Malgré l’ambiance créée par les départs, Etoile 2000 était toujours restée au summum de son art et continuait à égayer le cœur des mélomanes dakarois en se produisant dans certaines boîtes chics de la capitale. L’épopée de l’Etoile 2000 : Philosophe, El Hadji Faye reconnaît avoir été affecté par la rupture d’avec ses anciens compagnons, mais a toujours refusé de se laisser abattre. Et ce dépit de la rivalité "saine" qui naîtra entre les deux nouvelles astres de la capitale sénégalaise venaient de naître sous des cendres l’astre "mère". C’est dire que les années 80 seront marquées par le majestueux équilibre entre Etoile 2000 et le Super Etoile de Youssou Ndour. Une influence positive se dégageait sur les deux groupes rivaux qui imprégnaient une sulfureuse ambiance les nuits de la capitale. El Hadj se souvient encore aisément des moments festifs des années 80 avec une boulimie créative jamais égalée. "Nous étions inscrit dans une rivalité saine et chacun essayait de satisfaire au mieux son public", fait remarquer le patron de l’Etoile 2000 qui n’arrête pas de sourire rien qu’en passant à cette "belle époque". C’étaient les moments où les Sénégalais et les dakarois jubilaient et entonnaient des chœurs les chansons de l’ancien pensionnaire de Niaye Orhestra. Les nuits étoilées de la capitale était alors rythmée par les nappes sonores des Samina (la surveillance des troupeaux), "Sama Xalat Aduna" (ma pensée sur la vie), entre autres tubes célèbres d’El Hadji Faye. Un succès que l’auteur de "Samina" conte avec beaucoup de joie, tout en omettant pas de citer la gloire partagée avec feu Eric Mbacké Ndoye, feu Ala Seck, feu Mark Samb, Mass Diokhané, Badou Ndiaye, etc. Pas moins de quinze chef d’œuvres musicales furent orchestrées durant cette longue et riche épopée de l’Etoile 2000 qui se veut aujourd’hui comme l’une des principales sources d’inspiration de beaucoup de nos chanteurs actuels. Étoile 2000 : Un vivrier de la musicale sénégalaise Les succès s’accumulent autour des reprises des chansons de l’Etoile 2000 pour ne pas dire El Hadji Faye. Des reprises qui se justifient par la pesanteur instructive de la thématique développée par El Hadj et son groupe qui refusent toujours de verser dans la facilité des chansons sans sens ni enseignement. L’un des plus grands succès des reprises des morceaux d’El Hadj Faye est "Canara" par Viviane Ndour, lead vocal du Djoloff Band qui change le titre en "Thiogolong" mais le texte et la mélodie sont là, les mêmes. Il s’en est suivi de la reprise du fameux "Samina" dont la suite est connue de tous. "Beaucoup d’artistes reprennent mes paroles et mes chansons", s’enorgueillit El Hadj qui estime qu’il s’agit-là d’un souhait de chaque artiste. De sa voix prenante et accrocheuse, El Hadji Faye amuse et enseigne dans son art par des leçons et des suggestions pour la construction d’une meilleure société. Ainsi, déplore-t-il, dans ses morceaux, certaines de nos tares sociales comme l’hypocrisie, la haine, le mensonge, etc. "C’est dommage que les chansons actuelles ne soient pas instructives", se désole le lead vocal d’Etoile 2000 qui pense que ces dernières n’ont pas été faites avec le sérieux qui soit. El Hadji Faye peut ainsi être définis comme un artiste exceptionnel dont les créations dialoguent constamment avec la réalité, tutoient l’amour et flagellent les errements sociaux. "Notre musique est malade de ces paroles parce que ces dernières doivent servire à éduquer et à conscientiser notre société", dit-il, tout en faisant remarqué que les rappeurs doivent dire "les choses" avec un peu plus de respect. Et de conclure ce chapitre en soutenant que l’art doit être au service de la société. "Samina" au cœur d’une bataille judiciaire avec Viviane Ndour "Nous sommes tous des bergers", balance El Hadji Faye pour traduire le sens de son célèbre morceau "Samina". Une manière à lui de philosopher que l’homme qui qu’il soit est un "berger" et par conséquent doit pouvoir bien surveiller son "troupeau" qui peut être ses enfants, ses biens pécuniaires et artistiques. Le déversement généreux des flots sonores avec une volubilité plaisante et languide de "Samina" de Viviane Ndour aux mélomanes et le succès qui s’en est suivi n’empêchera pas El Hadj Faye de veiller sur son œuvre. C’est le début d’une longue bataille judiciaire entre le lead Vocal du Djoloff Band et de celui de l’Etoile 2000. "Viviane n’a pas été reconnaissante. Car je l’avais généreusement offert mon titre "Canara" (reprise en Thiogonlong). Au retour elle n’a même pas daigné me remercier", déplore El Hadj Faye. "Comment voulez-vous que je réagisse, si elle reprend, encore, un de mes tubes sans m’avertir et se contenter de dire qu’il s’agit d’un patrimoine culturel commun à tous les sénégalais", s’interroge-t-il, avant d’indiquer qu’il avait déclaré le fameux "Samina" au Bureau sénégalais des droits d’auteurs (Bsda) depuis 1981. "Au début je ne voulais pas porter l’affaire devant la justice mais, c’est son comportement qui m’a poussé à le faire", rappelle El Hadji Faye qui jubile encore de sa "victoire judiciaire" contre l’auteur de Sakhar-ci. "Je veux recouvrer mes 5 millions de francs Cfa": Après être sorti victorieux de cette longue bataille judiciaire qui a duré trois ans contre Viviane Ndour, El Hadji Faye s’impatiente à recouvrer "ses" cinq (5) millions de francs Cfa. "Maintenant que nous avons gagné le procès après avoir épuisé tous les recours, nous voulons rentrer dans nos fonds au plus vite", exige l’auteur de "Samina" version original qui se réjouit que la justice de son pays ait dit le droit dans cette affaire. Interrogé sur une éventuelle retrouvaille avec Viviane Ndour pour faire la paix, El Hadji Faye lance tout de go: "c’est elle qui a besoin de moi. Il l’appartient dès lors de faire les démarches nécessaires pour me rencontrer. De toute façon cette affaire-là est derrière moi". Sans aucune rancune, El Hadji Faye se dit tout de même prêt à laisser Viviane Ndour puiser dans son "patrimoine" autant d’œuvres qu’elle veut si jamais elle formulait la demande. Mais encore faudrait-il, précise l’auteur de "Sama Xalat Aduna", que lead vocal du Djoloff Band respecte certaines règles de conduite et de bienséance. Parce que conclut-il, dans la vie, le respect et la reconnaissance constituent des socles sur lesquels reposent toute "humanitude" et toute humanité.
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