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    Gun MAn Khouman de Pee Froiss:

    Fidèle à sa réputation de rappeur engagé, Gun Man Khouman, Makhtar Fall pour l'état-civil, lead-vocal du groupe Pee Froiss, reste toujours l'artiste qui fait valoir sa lucidité sur l'évolution socio-politique de son pays. Interpellant sa conscience d'artiste, porte-parole des sans-voix, il juge avec pertinence l'attitude de nos hommes politiques, la scène étatique, l'alternance, le mouvement hip hop mais aussi la crise universitaire que peut constituer un tremplin pour les meneurs de grève pour accéder à des postes de responsabilité.

    «Brassards rouges», un concept contestataire qui fait peur

    Inspiré par l'idée du président qui souhaitait que toute contestation ou revendication soit manifestée par le port du brassard rouge, Gun Man Khouman accompagné par bon nombre de ses compères rappeurs dont Biba (inspirateur du projet), reviennent pour manifester leur ras-le-bol sur les scandales politico-financiers, les manipulations, les magouilles politiques, les injustices, etc. Peignant un sombre tableau de la situation politico-sociale, Makhtar Fall se dit outré par le vote de la loi Ezzan, du feuilleton Wade-Idy... “Avec la violence qui est toujours latente dans notre pays, on ne peut pas rester les bras croisés. Une violence qui s'explique par une situation socio-économique morose se dégradant de plus en plus. En définitive, cette violence correspond à un marasme social”, se désole le rappeur du Pee Froiss. Considérant le hip hop comme une musique de la basse classe, Gun Man indique que le combat reste le même tant que l'injustice et les magouilles demeureront dans notre sphère géographique. Malgré la pertinence et la noblesse du projet, «Brassards rouges» est un concept qui fait peur. Une des raisons qui expliquent le retard apporté dans sa distribution. “C'est vraiment dommage que depuis octobre dernier, aucun des distributeurs établis au Sénégal ne veuille de ce bébé. Personne n'accepte ni la duplication ni la distribution de «Brassards rouges», de peur que l'Etat le prenne pour son ennemi, regrette Khouman, qui ne baisse pour autant pas le bras de voir un jour, ce projet aboutir.

    Effritement de l'engouement autour du hip hop ?

    De l'engouement des années 80-90, le mouvement semble être au ralenti. Un avis que ne partage pas Gun Man Khouman qui pense que le mouvement hip hop est loin de mourir. “Tant qu'il y aura des gens vivant dans la misère, il y aura toujours des microphones soldats pour défendre la bonne cause”, note-t-il, avant de préciser que le hip hop, c'est avant tout un état d'esprit, une philosophie, une culture. Le combat est toujours le même, c'est-à-dire inscrit sur le long terme. “Nous sommes maintenant arrivés à un stade tel qu'on ne peut plus se limiter aux paroles. Il nous appartient maintenant de mener des actions concrètes, allant dans le sens de l'intérêt général, des concerts, des marches, pour la défense des causes qui sous-tendent notre mouvement”, promet-il. “Nous incarnons un mouvement qui se veut transversal de plusieurs domaines. C'est un mouvement qui est plus puissant que le rap dans lequel on retrouve la danse, la manière de parler, de vivre, de s'habiller...” De cette transversalité du mouvement hip hop, Khouman reconnaît tout de même “un essoufflement” au niveau de la thématique. “Au début, on avait des combattants, de vrais combattants qui étaient très engagés dans la lutte pour le changement de mentalité, de système, bref pour l'éradication des maux sociaux”, fait remarquer Gun Man qui constate que la tendance est plutôt maintenant, à l'imitation des Américains. “C'est dommage que la nouvelle génération qui a vraiment du talent n'ait pas entretenu cet engagement”, note-t-il. Le paradoxe, laisse-t-il entendre, se lit à travers la forte popularité du rap, aussi bien sur les ondes des radios que dans les soirées hip hop, mais qui ne se traduisent pas dans la tenue d'événements scéniques.

    Six ans d'alternance : Un bilan mi-figue, mi-raisin

    Des six ans d'alternance, Makhtar Fall est d'avis que le bilan du “Sopi Système” est mi-figue mi-raisin. “Je ne veux pas être une mauvaise langue. Il y a des choses qui évoluent ; on ne peut pas nier qu'il y a eu une évolution de la situation économique. Le pays a connu un bond en avant dans les investissements, la création d'emplois, les chantiers sont visibles un peu partout, le retour du patriotisme depuis 2002...”, se satisfait Khouman. Mais cette envolée rime à contre courant avec la note d'espoir née un certain 19 mars 2000. Le «Sopi Système» traîne également avec son lot d'espoirs et d'attentes déçus. Cette déception ressort, à son avis, la montée des tensions qui sont provoquées par l'Etat, le recul des libertés collectives et individuelles, de la démocratie globalement, de l'avènement d'une nouvelle classe bourgeoises synonymes “d'enrichissement illicite et de corruption”..., ce qu'il illustrera par les affaires dites de «Talla Sylla, Abdou Latif Coulibaly, Idrissa Seck, des Evêques...» Se voulant «très objectif», Khouman pense que le seul vrai changement qui a été opéré, se lit à travers le “D” mis entre le “P” et le “S”, pour dire que le système d'avant-alternance est toujours de mise. Et l'impression qui en résulte est que :” Seules les personnes aux postes de commande ont changé. Le seul objectif des hommes politiques, c'est d'accéder au pouvoir, d'avoir un bon poste ou d'être plus proche des caisses de l'Etat. La conséquence est qu'ils oublient les vrais problèmes du peuple”. Et l'artiste d'illustrer son propos par le «prétexte présidentiel» du couplage des élections dans l'optique de faire face aux inondations. “Je ne peux pas comprendre l'augmentation du salaire des députés, des ministres, l'achat de 300 véhicules 4x4 par un Etat qui refuse des habitations à des populations démunies et victimes d'inondations”, s'exclame le rappeur de Pee Froiss qui pense que “le régime libéral travaille pour lui-même, beaucoup pour lui-même, encore pour-lui même et toujours pour lui-même”.

    Affaire Idrissa Seck : un dossier «très louche»

    Se prononçant sur l'élargissement de prison de l'ancien Premier ministre, Idrissa Seck, Makhtar Fall pense que ce dossier politico-judiciaire est le plus ambigu que le Sénégal n'ait jamais connu. «Tout le monde sait qu'il pose problème. Mais personne ne peut nous dire de quelle nature est ce problème», fait savoir Khouman qui rappelle que l'énigme reste entière malgré la libération d'Idrissa Seck. “Déjà, son emprisonnement était très ambigu. C'est une question très floue et louche en même temps”, s'insurge Gun Man qui ne cache pas son inquiétude sur le déroulement de ce feuilleton politico-judiciaire. “Il appartient à Me Wade qui l'avait mis en prison de répondre aux interrogations du peuple qui veut la lumière dans cette affaire”, lance-t-il, dépité, avant de convoquer la patience pour connaître la fin de cette histoire. Ce qui le fera dire «qu'ils (les politiciens) sont tous des comédiens». Et il des théories de Sciences politiques en soutenant qu'il s'agit «d'une science où il n'y a pas d'amis éternels ni d'amis tout court. Nous devons nous attendre au pire des scénarii avec cette poli...triche ou poli trucage”, conclut le rappeur de Pee Froiss.

    Crises universitaires : Une aubaine pour les meneurs de grève d'accéder à des postes de responsabilité

    Outré par la crise que traverse le système éducatif sénégalais, Gun Man Khouman baigne dans un scepticisme ambiant sur la volonté de l'Etat de résoudre le problème scolaire et universitaire de notre pays. Constatant la récurrence des problèmes, Khouman s'interroge sur la finalité de l'investissement des 40% du budget national ? “On ne peut pas avancer qu'on a mis 40% du budget national sur l'éducation et se confronter à ce genre de problèmes”, fait remarquer Makhtar Fall qui estime que les revendications des étudiants ont toujours demeuré les mêmes depuis des décennies : surcharge dans les amphis, problèmes de restaurations, de bourses... Face à cette situation, Khouman conseille plutôt le Président de la République «de résoudre l'équation des universités du présent (Ucad et Ugb) avant de penser à celle du Futur». Mais le rappeur trouve une autre explication à ces contestations estudiantines. Pour lui, la promotion d'anciens meneurs de grève à des postes de responsabilité comme Président de conseil d'administration (Pca), minis-tres, députés... contribue à aiguiser les appétits des étudiants qui ont compris qu'il s'agit-là d'un moyen efficace d'accéder au sommet de l'Etat. “Les exem-ples ne manquent pas dans ce domaine. Ils sont très nombreux aujourd'hui dans des postes de responsabilités”, insiste Khouman, très fort en ironie. Et de conclure ce chapitre universitaire par un rappel au candidat Wade en 2000. «Malgré votre amour pour la jeunesse de votre pays, elle a toujours les bras suspendus au ciel, attendant du travail».

    «L'animation, la continuité de mon combat dans le rap»

    Makhtar Fall a bien su profiter des largesses du domaine de la communication. Ce qui s'est traduit par l'alliance qu'il a fini de sceller entre son métier de rappeur et celui d'animateur. “Je fais de la communication. Ce que je n'arrive pas à exprimer dans mes textes de rap, je le dis à travers mes émissions de radios ou de télé. C'est toujours le mouvement hip hop qui est encore une fois, une école de la vie de tous les jours”, dit-il. Gun Man Khouman dit se sentir aussi bien à l'aise dans l'air des podiums que devant un micro de station radio pour exprimer sa pensée, sa philosophie... Se sentant investi d'un devoir d'enseignant et d'éducateur des masses, Khouman use à travers ses deux activités, des métaphores ou des euphémismes pour expliquer des situations données. Et cela dans l'unique dessein d'inciter et d'inviter la jeunesse à l'éducation dans son sens le plus large qui est “une clé qui ouvre toutes les portes”.
    Avec l’Actuel

     

     

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