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    Rap : "IS", « les paroliers au style poétique »

    « Toi c’est IS.. » BAGUIGNA Issouf à l’état civil n’apprend plus à rapper. Depuis 1994, ce jeune prodige commençait à rimer ses textes. Il fit chemin avec pas mal d’artistes de la scène notamment Abi Kool du groupe 2 Kas, avec qui ils participèrent à pas mal de Sound systems.
    En 1999, Ils était obligé de quitter son « bayiri » natal afin de poursuivre ses études à Accra. Etudes qu’il termina avec brio puisqu’il rentre diplôme en main. Nombreux étaient ceux qui pensaient que IS avait rangé ses textes au fond de la malle, ils se sont donc trompés d’autant qu’il nous revient avec un album de seize titres, son tout premier titré « Kiff ou Kitt » sorti depuis le 16 décembre dernier 2005.

    Une auto production, fruit de sa jeune structure qu’il manage, la Drugstore Rekordz qu’il profite également lancer. Ce jeune informaticien de 24 ans à l’allure d’un 2 PAC Shakur (la boule toujours à zéro) n’a rien à se faire envier vu son flow propre à lui et ses lyrics qui font réfléchir plus d’un.

    Comment es-tu arrivé dans la musique ?

    Tout d’abord je remercie le Tout puissant car je me sens bien. Pour mes premiers pas dans la musique le rap en particulier c’est quand on voyait des artistes passer à la télé tout en écoutant leurs textes, ce qu’ils disaient se collait à nos réalités et à notre vie, donc on a plongé la-dedans. Il faut également souligner que je me suis inspiré, de ce que j’ai vécu, de tout ce qui se passait autour de moi.

    Quels sont alors ces artistes que tu as vu passer à la télé et qui t’ont inspiré ?

    Des groupes comme public Ennemy, IAM et NTM m’ont particulièrement séduit sans oublier l’ère 2 PAC Shakur, Notorous Big et Snoop dogg. Tous ces artistes m’ont beaucoup inspiré ce qui a fait qu’aujourd’hui j’en suis à ce stade.

    En 1999 tu as quitté le pays pour des études, cela t’a donc amené à ranger tes textes durant cette trêve ?

    Je dirai que le premier objectif d’un homme sur cette terre est de trouver un moyen de survie. C’est ce qui m’a amené à quitter le pays pour les études. On est venu au monde, on a été poussé par nos parents qui ont émis des souhaits de nous voir un jour voler de nos propres ailes. Quand on vit en famille il faut penser aux autres. Sans vous le cacher je n’aimais pas les études, mais actuellement si j’ai l’opportunité de reprendre les études je le ferai sans hésiter car on a jamais fini d’apprendre. Sinon, je n’ai pas du tout rangé mes textes. J’ai fait cinq ans d’études et de business car j’ai été également chasseur d’argent, je me lance dans tout ce qui peut me rapporter quelque chose, je fais toujours ma musique en étant administrateur réseau en informatique dans une société de la place.

    Comment s’est passée la réalisation de cet album ?

    C’est un album produit par mon label Drugstore Reckordz où il je bosse pendant mes heures perdues avec des potes. Il a été réalisé par nous-mêmes, des instrumentaux (la musique) au mixage. Les textes ont été écrits par moi-même. Je profite faire un big up à mon collaborateur Drazz qui s’occupe de la programmation et vokal qui rape avec moi sur Kiff au kitt. A part eux y’a d’autres qui sont dans le circuit c’est à dire de la promotion à la distribution.

    Comment qualifies-tu ton genre musical ?

    Je fais simplement du rap mais du rap qui vient de l’âme, une musique qui vient du fond du cœur car tout ce que je chante a été vécu par moi-même c’est une musique qui te soignera alors l’esprit.

    Sur l’album tu es en feat avec Vokal parle-nous de lui

    Vokal et moi nous nous sommes connus chez un des membres de mon label (Romancia) et dès le premier jour de contact on a enregistré ensemble et c’était grave, c’est par la même occasion qu’il est devenu un membre de la drugstore reckordz.

    Quels sont les objectifs visés à travers cet album ?

    L’album représente le miroir de cette jeunesse du Faso. Mes objectifs visés c’est de faire comprendre aux uns et aux autres que cette jeunesse n’est pas là pour mendier. Pas mal de gens nous accusent d’être des drogués, des voleurs ainsi de suite. Nous ne refusons pas ces critiques, on les prouvera que cette jeunesse aussi existe et qu’elle a quelque chose à partager et elle fera les beaux jours du Burkina Faso.

    Le titre de l’album est « kiff ou kitt » ce qui veut dire aimer on quitter. Je veux à travers cet opus montrer que la jeunesse africaine peut faire des millions dans la vente d’albums. C’est pas réservé uniquement aux Américains de réaliser des millions de vente. Nous avons besoin maintenant de ces structures qui peuvent nous aider à grossir nos ventes et à distribuer nos albums à travers toute l’Afrique.

    Pourquoi tu ne disposes que des CD sur le marché ?

    « Kiff ou kitt » est distribué par mon label en support CD qu’on peut déjà retrouver chez quelques disquaires. Malheureusement il n’est toujours pas disponible en support k7 et nous discutons actuellement avec une maison de duplication et j’espère que nous arriverons à terme... Pour ceux qui souhaitent se procurer l’album, qu’ils prennent contact avec Universel service à côté du marché Naab Raaga au secteur N° 7.

    Comment tu compares notre style de rap par rapport à celui du Ghana après avoir vécu cinq ans là-bas ?

    A Accra, on parle de "hip life", un style de rap hors du commun par rapport à ce qu’on trouve ici. Le Ghanéen fait du rap jumelé à sa culture en même temps. Il peut également lui arriver de jouer comme les Américains. Je me suis toujours dit qu’on doit exploiter les choses qu’on a sous la main...

    Mais n’oublions pas que le problème majeur des artistes burkinabé reste les moyens ; on n’a pas la possibilité de louer les services d’un instrumentiste, un joueur de kora, ou de kundé par exemple pour enregistrer en studio. Au Ghana le show biz est bien organisé et développé, c’est toute une chaîne et la demande est forte au niveau des consommateurs.

    Le Ghanéen consomme sa musique ce qui est un facteur positif et il y’a de fortes communautés ghanéennes à l’étranger qui invitent leurs artistes à se produire en spectacle. Par contre pour produire un spectacle ici à Ouaga c’est de la mer à boire, n’en parlons pas de sortir hors du territoire, c’est dommage.

    Au cours de ton séjour as-tu pu faire des sound systems du côté d’Accra ?

    Effectivement, j’ai participé à quelques spectacles à Accra. Chaque année j’étais invité à me produire à l’Alliance Française à l’occasion de la fête de la musique tous les 21 Juin. L’album est distribué au Ghana. Vu la sympathie que la communauté francophone m’a témoignée, tout le monde s’est manifesté.

    Qu’attends-tu des mélomanes du Burkina Faso ?

    J’attends qu’ils se manifestent afin qu’on change ensemble les mentalités. Ceux qui réalisent des millions de vente ne le font pas à travers une seule ville mais c’est tout un ensemble. Prenons le même exemple ! Les mellowmans doivent nous encourager.

    As-tu un dernier mot à lancer ?

    Je veux simplement dire aux producteurs et aux autorités de ce pays de prendre leurs responsabilités en main face au piratage. Je me sens toujours frustré lorsqu’ils organisent des colloques afin de lutter contre ce phénomène alors que rien n’est fait sur le terrain. Ils doivent posséder la même « artillerie » que leurs ennemis. Les albums coûtent chers, ils ne sont pas à la portée de tous, le pirate de faire le même produit trois fois moins cher en ce moment aucune barrière de sécurité ne pourra retenir cette foule en liesse qui meurt d’envie de t’écouter car la pauvreté fouette. Imaginez le reste du scénario !

    Minimisons les coûts de production afin que nos populations puissent nous consommer... Ceux qu’on a rejeté parce qu’ils n’ont pas d’argent, ils ne pourront rien faire et en ce moment c’est du kiff ou kitt on est là pour railler le boulevard. Grand merci au journal l’Opinion à travers la lettre 2 rap qui avance à coup sûr. Merci à toi D.vy.

    lefaso

     

     

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