Le chanteur malien a préféré enregistrer son dernier album, M’Bemba, dans son studio de Bamako. Il a privilégié la kora et le balafon et choisi les langues malinké et bambara.
« Plus d’âme, plus naturel, plus sensible. » Pour son dernier album, M’Bemba, Salif Keita a voulu quelque chose « dans la lignée du précédent, Moffou ». D’ordinaire rompu à l’afro-beat, aux fusions entre les rythmes maliens et le pop, le zouk ou le rock, le chanteur a cette fois privilégié l’acoustique, retrouvé des instruments plus proches des traditions mandingues auxquelles il appartient, comme la kora, le balafon ou les choeurs féminins. Il chante en malinké et en bambara. « C’est ce qui me ressemble le plus, mais c’est aussi plus directement accessible pour mes musiciens », explique celui qui aimerait que l’Afrique retrouve « ses racines et sa culture pour s’en servir de base au développement ». « L’Afrique ne peut pas être la France ni l’Occident, complète-t-il. Elle a une autre façon de faire, une autre beauté. »
Si Salif Keita revient à l’Afrique après plus de vingt ans de carrière internationale, c’est avant tout pour lui l’aboutissement de longues années d’exil, dont il n’est rentré qu’en 2001. C’est aussi son premier enregistrement au Mali, dans son studio de Bamako. À cela, les raisons sont aussi bien économiques qu’esthétiques. Une logistique simplifiée : pas besoin de déplacer l’équipe à Paris. Mais, surtout : « Quand tu sors du studio, tu vois l’Afrique, tu manges, tu bois, tu penses Afrique, c’était très important. » Autre axe de la métamorphose de l’artiste : les textes de ses chansons. Fini les revendications politiques. Salif est d’humeur romantique. « Cette fois-ci, j’ai parlé d’amour, détaille-t-il. Entre deux amis, deux parents, deux voisins... Les gens veulent être optimistes, ils en ont marre des maladies, des famines et des guerres. Ils ne veulent pas qu’on remue les plaies. » Et pour les fans qui seraient déçus, il ajoute : « La plupart des Occidentaux écrivent des textes d’amour. » Entendre : on ne leur reproche rien. Désormais, Salif Keita rêve d’harmonie et d’unité. « Et pour ça, quoi de mieux que la musique qui n’a besoin ni de passeport ni de papiers ? Ni même qu’on comprenne les paroles. »
Salif Keita n’a pas eu des débuts faciles. Albinos, mais surtout musicien dans une famille noble, il a dû se heurter à une foule de préjugés avant de gagner sa légitimité par sa carrière internationale. Il fait partie des aînés, ceux qui ont ouvert la voie aux suivants, qu’il continue d’encourager. « Sur cent Maliens, soixante sont des artistes confirmés. Ils n’ont pas appris la musique à l’école, mais ils l’ont dans le sang. Aujourd’hui, les choses sont plus faciles pour eux : à mes débuts, la musique n’était pas considérée comme un genre à part entière, elle était réservée à certaines ethnies, à certaines personnes. Les gens la considéraient comme le refuge des sans-espoir. Nous avons prouvé le contraire. C’est le sel de la vie. » Pour autant, conscient que « trouver une place dans un studio n’est pas encore très facile », le chanteur ouvre quand il le peut les portes de son studio et sa maison de production à de jeunes artistes du Mali et de Guinée. humanite
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