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    Smockey : Des vérités qui fâchent mais...

    Il est l’un des leaders du mouvement Hip-hop au Faso. C’est grâce à sa structure, Abazon que plusieurs artistes rappeurs ont pu réaliser des albums. Smockey, Serge Bambara à l’état civil, est un artiste doué et engagé dans ses chansons. Il ne porte pas de gants pour exprimer sa pensée.
    Nous l’avons rencontré au studio Abazon pour parler de son engagement pour son public et du contenu de son dernier maxi "Votez pour moi". Lisez plutôt...

    Smockey, parle-nous de ton parcours scolaire.

    • J’ai fait un parcours classique. J’ai beaucoup tourné parce que j’ai fait mes études dans plusieurs établissements : le groupe scolaire le Plateau, le lycée Philippe-Zinda—Kaboré, le lycée Bogodogo. J’ai également fait le lycée Saint-Exupéry grâce à une bourse. Ensuite je suis allé en France pour une formation en hotellerie-restauration. Je n’ai jamais été un bon élève parce que j’avais chaque fois en dessous de la moyenne. Néanmoins, j’aimais la philosophie et les sciences naturelles, mais je détestais les mathématiques.

    Le fait d’avoir appelé ton studio Abazon est-il une affirmation de ta culture africaine, surtout bissa ?

    • Evidemment, c’est un rappel de mes origines burkinabè avant celles bissa parce que j’en suis fier. C’est une affirmation de mon appartenance à cette Afrique, berceau de l’humanité. Le métier artiste me permet de m’exprimer dans cette Afrique et pour cette Afrique.

    Pourquoi t’en prends-tu souvent aux politiciens, surtout à nos dirigeants dans tes chansons ?

    • Je m’en prends à eux parce que c’est la politique qui met nos pays africains à genoux. Prenez le cas des Burkinabè. Nous sommes reconnus comme des travailleurs sérieux, mais rien ne marche. Cela est dû au fait que ce sont les mêmes personnes qui s’accaparent de tout ce que les autres ont gagné à la sueur de leurs fronts. Le salut de l’Afrique passe par la bonne gestion de nos pays.

    Aujourd’hui, il y a trop de mauvaises lois lorsque les bonnes sont votées malheureusement elles ne sont jamais appliquées. Nous sommes dans une société gangrenée par la corruption, la manipulation, le chantage, les assassinats. Je pense que nos dirigeants se doivent de dire la vérité au peuple, à défaut de réaliser ses aspirations. Moi, je crois que je dois être sincère avec mon public en lui disant les choses telles qu’elles sont.

    Le comportement de nos dirigeants n’est-il pas aussi dû à la division des opposants dans nos pays ?

    • Je crois que pour pouvoir jeter la pierre à un opposant il faut prendre le soin de l’écouter. En ce sens je suis satisfait par la campagne présidentielle passée où chacun a pu s’exprimer. J’espère que les opposants auront plus la parole. Mon souhait est de voir des débats télévisés comme ailleurs, regroupant tous les candidats à une élection. Je ne jette pas la pierre à la gouvernance de notre président, mais beaucoup de choses ne vont pas bien dans le pays. L’opposition, c’est le peuple qui peut la faire, c’est-à-dire qu’il doit réagir et critiquer fortement les erreurs du pouvoir. Nous devons critiquer pour construire et non pour détruire le pays parce que c’est l’avenir du Burkina Faso qui en dépend.

    Revenons à ton maxi "Votez pour moi". Pourquoi as-tu sorti une telle œuvre en pleine campagne présidentielle ?

    • Je me suis inspiré de l’actualité. L’œuvre coulait aux préoccupations du moment. Ce maxi devait faire partie de mon troisième opus parce que lorsque je l’ai réalisé il n’y avait pas de campagne. C’était la période de la campagne présidentielle que nous avons estimée propice pour mettre l’œuvre sur le marché.

    Tu as fait une description peu reluisante de Ouagadougou dans le titre "Ouaga c’est pas les states". Penses-tu que le pays est vraiment en décadence ?

    • Nous n’étions pas loin de la décadence. Nous avons vécu l’assassinat de Norbert Zongo. C’est un titre sorti depuis 2001, mais qui est toujours d’actualité. Nous l’avons "remixé" pour faire plaisir au public qui le réclamait. Ce morceau montre que le Burkina Faso, sous ses apparences très pacifiques, cache des obscurités assez monstrueuses, surtout au niveau de la jeunesse. C’est mon rôle en tant qu’artiste de révéler ces problèmes au public.

    Selon toi, qui est responsable de cette perte de repères de la jeunesse ?

    • Je pense que la période Sankara a tellement révolutionné les choses qu’il y a eu un choc intellectuel. C’est allé très vite, et la Révolution a concerné tous les secteurs de la société. L’ère Sankara a été féconde en réalisations. Après, il y a eu des relâchements exagérés, au point de nuire à la société. Mais l’esprit critique revient de plus en plus avec l’augmentation du prix du carburant et la difficulté des travailleurs à boucler la fin du mois.

    Pourquoi parles-tu de la xénophobie dans ce même titre ?

    • J’ai dit dans ce morceau qu’il est à craindre que les Burkinabè deviennent xénophobes. C’est une chose ignorée par notre peuple. Dès qu’il y a des problèmes on cherche des boucs émissaires, comme les Libanais dans notre pays. Ce sont des personnes possédant de gros intérêts et traitant généralement avec le pouvoir en place.

    Les Libanais sont peut-être souvent mêlés à des pratiques déplorables mais... Ailleurs en Afrique, ce sont d’autres communautés qui sont victimes de cette haine de l’étranger. Je mets en garde les gens, si on n’y fait pas attention, le Burkina Faso pourrait basculer dans ce fléau. J’estime qu’il faut mettre le doigt là-dessus avant que cela n’arrive.

    Pourquoi as-tu égrené tous les aspects négatifs de notre pays dans cette œuvre, à savoir l’assassinat de Thomas Sankara, la méningite, Faso Fani, etc ?

    • Je ne suis pas chauvin parce que le fait de révéler ces aspects sombres du Burkina Faso peut faire avancer mon pays. Je ne vois pas l’intérêt de chanter les louanges du pays alors qu’il existe des problèmes. L’artiste doit avoir un esprit critique pour éveiller la conscience du peuple. Mon tout est de dire tout haut ce qui ne va pas.

    Que proposes-tu pour ramener le Burkina Faso dans le droit chemin ?

    • Je pense qu’il faut dire la vérité aux gens, et tenir ses promesses. C’est l’une des conditions pour sauver l’Afrique. La principale solution est la bonne gouvernance de nos pays. Nos dirigeants doivent servir les peuples et non se servir.

    Depuis quand le maxi est-il sur le marché ?

    • Le maxi est sorti depuis le 10 novembre 2005. Mais mon troisième album est prévu pour début 2006.

    lefaso

     

     

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