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    Zakir Hussain

    Zakir Hussain est sans contredit le musicien indien le plus populaire actuellement. Ravi Shankar a fait connaître la musique indienne en Occident ; je dirais, sans trop me fourvoyer, que Zakir Hussain l'a fait apprécier sous toutes ses formes. Il faut dire que ce dernier est le fils de Alla Rakha, le tablaïste de Ravi Shankar pendant plus de 30 ans. Lors du festival de jazz de Montréal de l'été 2005, il nous a offert une série de quatre concerts lors desquels ses fans pouvaient se gaver de son talent. Le premier concert, aux côtés de Sultan Khan au sârangî, la vièle indienne, était plus classique. Lors du deuxième se sont joints deux autres percussionnistes, nous présentant une forme modernisée de la musique indienne classique. Lors des deux autres concerts, il était joint par des musiciens jazz bien connus, dont John McLaughlin.

    J'ai assisté aux deux premiers concerts. Ce qui m'a frappé lors du premier des deux est que Zakir Hussain était ouvertement à l'avant-plan alors que, traditionnellement, le joueur de tabla est un accompagnateur. Hussain démontre un charisme et un charme hors du commun. Il envoûte carrément son auditoire.

    Je lui ai demandé s'il y avait, selon lui, une différence entre un auditoire indien et un auditoire occidental lors de ses concerts de musique indienne classique. On sait que la musique indienne est plus intimiste et que l'improvisation du musicien est influencée par les réactions de l'auditoire. Voici sa réponse :

    « Aujourd'hui, sûrement pas. Il est certain que les auditoires occidentaux réagissaient différemment à la musique indienne il y a 25 ans. Lorsque les premiers musiciens indiens donnaient des concerts en Occident, cette musique était nouvelle; on désirait la connaître. Aujourd'hui, c'est impensable de considérer que personne n'ait entendu de musique indienne. Elle est devenue une musique familière en Occident et ce, depuis au moins 40 ans. Tout le monde a pu l'entendre à un moment ou l'autre, a appris à la connaître, en a acheté des CD. Lorsque je donne un concert avec Sultan Khan, le joueur de sârangî avec qui je vais jouer ce soir (soit le 30 juin 2005), l'auditoire qui y assiste connaît les instruments et notre spécialité. Aujourd'hui, l'auditoire sait très bien à quoi s'attendre de notre musique.

    Il y a 25 ans, c'était différent. J'ai surtout constaté une différence au cours des 10 à 15 dernières années. Les auditoires d'aujourd'hui sont intelligents et connaisseurs. En assistant à un concert de musique indienne, ils savent très bien à quoi s'attendre. En fait, les auditoires d'aujourd'hui connaissent toutes les musiques de la Terre. Les mélomanes de musique du monde iront entendre Youssou N'Dour, John McLaughlin, Ravi Shankar, Ali Fatah Khan, Zakir Hussain ou Jack de Johnnette, ou n'importe quel autre musicien. L'auditoire sait à quoi s'attendre avec chacun de ces musiciens. Cela nous rend la tâche plus facile, peu importe le type de musique que l'on joue. Plusieurs musiciens indiens qui viennent jouer en Amérique pour la première fois sont surpris de découvrir comment les auditoires occidentaux connaissent la musique indienne, et même connaissent leur nom. Aujourd'hui, tout est beaucoup plus facile pour nous, musiciens du monde. »
    scena

     

     

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