Il est jeune et célèbre. Il s’appelle Pape Cheikh Diallo. En quelques années de présence sur le paysage médiatique sénégalais, l’ancien protégé de Mariam Samba a grandi et vite grandi. Depuis le démarrage de la deuxième chaîne de télévision du Sénégal, il officie avec brio et courtoisie au niveau de plusieurs émissions. Courtoisie et extrême politesse caractérisent le bonhomme qui a su imprimer son rythme et sa marque dans cette difficile mission. Pape Cheikh qui est un pur produit de la station de radio Dakar Fm comme il se plaît à le rappeler, demeure à ce jour un cas particulier. Il est jeune et n’a pas du tout attrapé la grosse tête. Au contraire, il cultive une humilité légendaire et aspire à la perfection. Pour être plus performant, il a choisi de suivre une formation complémentaire. Une attitude qui résume à elle seule la lucidité du personnage qui refuse de céder aux mirages d’un vedettariat réducteur. Pour cette semaine, Le Messager est allé à la rencontre de ce jeunot qui incarne une nouvelle vision dans l’approche du métier de communicateur. Avec simplicité et franchise, il parle de ses débuts, ses projets et ses désirs de progression. Entretien avec un précoce, surdoué du micro.
Propos recueillis par Mohamed Lô Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je m’appelle Pape Cheikh Diallo. Présentement, je suis animateur au niveau de la chaîne de télévision culturelle 2STV. J’officie aussi au niveau de la Radio Municipale de Dakar (Rmd), où je présente une émission musicale, tous les jours de 9 h à midi. Au niveau de 2STV, je présente des émissions comme «Star en ligne», «Elles sont toutes belles» et pratiquement toutes les productions événementielles. Pour me résumer, je dirais que je suis un jeune animateur qui essaye tant bien que mal, de tirer son épingle du jeu au niveau de ce métier contraignant.
Vous avez commencé très jeune à arpenter les studios de radio. Pouvez-vous revenir sur ce parcours et nous parler des moments forts qui ont jalonné ce chemin ?
Je dois admettre avec vous que j’ai démarré très tôt. Auparavant, j’ai eu à participer à plusieurs reprises à l’émission de Mariam Samba intitulée «la télé est à nous». C’est donc pratiquement à travers cette émission enfantine que j’ai mis mon pied à l’étrier et acquis les rudiments de ce qui allait devenir ma principale occupation pour ne pas dire, raison de vivre. Cependant, je dois reconnaître que déjà, tout petit, je rêvais ardemment de devenir journaliste. C’était comme un rêve qui m’obsédait. Je voulais coûte que coûte embrasser une carrière journalistique. A chaque fois que j’en avais l’occasion, j’essayais de reprendre les intonations des différents présentateurs de l’époque. Pour arriver à mes fins, je me servais des journaux de mon frère et je singeais à l’aide d’un micro imaginaire, mes idoles de l’époque. Tout cela pour vous dire que j’ai toujours voulu être journaliste. Même au niveau de notre école, je me rappelle que je tenais un cahier où j’écrivais à longueur de colonnes que je voulais devenir journaliste. Une vraie autostimulation quoi ! Ensuite, j’ai eu la chance de côtoyer Mariam Samba qui m’a mis le pied à l’étrier. Au sein de son émission dédiée aux enfants, elle m’a fourni l’opportunité de présenter une rubrique. Au début, ce qui me motivait le plus est que je voulais transposer certaines séquences que je suivais souvent au niveau des grandes chaînes étrangères. Au sein de ces entités, les jeunes avaient la latitude de s’adresser directement à leurs camarades de même âge par le biais d’émissions exclusivement consacrées aux jeunes. Je me disais qu’il fallait que je réussisse la même chose au Sénégal. Malheureusement, force est de constater que jusqu’à présent et depuis Tonton Marc, l’opportunité ne s’est pas matérialisée. A mon niveau, je n’ai pas eu la chance de réussir cette prouesse de présenter tout seul comme un grand une émission exclusivement réservée aux bambins ; c’est une éventualité qui ne s’est jamais présentée à l’époque et j’en suis vraiment navré. Toujours est-il que j’ai eu la chance de présenter une rubrique dans l’émission de Mariam Samba précitée. C’est sans contexte ce qui m’a permis d’acquérir le peu de «savoir faire» qui m’a permis aujourd’hui d’amorcer ce nouveau départ sans relativement un grand dommage surtout au niveau de la présentation. Après avoir effectué sans trop de difficultés ce premier saut, j’ai eu à déposer beaucoup de demandes au niveau des différentes stations de radio de la place. C’est dans cette optique que j’ai eu à effectuer des stages au sein de Témoin Fm, d’Energie Fm (une station qui n’émet plus malheureusement). J’ai aussi intégré Sport FM bien avant le démarrage des émissions. Je peux dire que nous avons été les premiers agents à travailler pour le compte de ce qui allait devenir bien plus tard Rfm. C’est après toutes ces pérégrinations que j’ai estimé fructueuses, que j’ai officiellement intégré Dakar Fm. C’était vraiment une Grande Ecole. Jusqu’à présent elle demeure une référence. J’ai vraiment appris beaucoup de choses là-bas, au côté de Michael Soumah, Yakham Thiam Mbaye et les autres. En réalité, je suis en quelque sorte un pur produit de cette prestigieuse école. Mon passage à Dakar Fm a contribué pour beaucoup dans la fulgurante évolution de ma jeune carrière .Encore une fois j’ai acquis beaucoup de connaissance dans ncette maison.
A propos de Dakar Fm, vous avez quitté la radio Majeure pour atterrir à Rmd. Pouvez-vous nous faire un parallélisme entre les deux stations ?
Je dois rectifier d’abord que Rmd n’est pas une radio communautaire. C’est juste l’appellation qui crée le plus souvent la confusion. La Rmd n’est plus une radio thématique comme elle l’était au début. Maintenant, c’est plutôt une radio généraliste et nous sommes pratiquement présents sur l’ensemble du territoire national. Ce qui nous différencie foncièrement d’une radio communautaire. Par contre, Dakar Fm demeure à ce jour une radio thématique car elle a une vocation culturelle et musicale. J’étais là bas en qualité d’animateur. Cependant la vie est ainsi faite et chaque fois qu’une opportunité se présente dans certaines émissions, il faut choisir et effectuer sans hésiter le grand saut et rejoindre la structure qui vous arrange le mieux. Voilà en gros ce qui m’a poussé à franchir le Rubicon et à poser mon baluchon à la Rmd.
Vous avez réussi à vous incruster facilement à la télévision. Comment expliquez vous ce succès foudroyant et cette rapide ascension ?
Je répugne à parler de succès, car j’en suis encore au stade de l’apprentissage dans le domaine d’activités qui est le mien. Mon plus grand souhait est évidemment d’acquérir un succès toujours plus retentissant. Comme je vous l’ai annoncé tantôt, j’ai toujours éprouvé une attirance irrésistible vers ce métier de présentateur. Et quand j’évoluais au côté de Mariam Samba, j’ai eu la chance de côtoyer, très jeune, des grands de la Rts. Pratiquement je suis un produit de cette entité. A l’époque, Mamadou Baal, qui était le Directeur des programmes de la Rts, a toujours envisagé de me confier une émission au niveau de la chaîne. Malheureusement, ce projet ne s’est jamais concrétisé. Ensuite, quand il y a eu la collaboration initiale entre la Rts et Origines SA pour la mise sur orbite du projet Rts 2S, M. Baal a tout de suite pensé à ma modeste personne. Ainsi tout est parti de lui. Avant même l’ouverture de la chaîne culturelle, M. Baal m’a contacté pour me dire que je faisais partie d’office de la nouvelle équipe qui allait démarrer à la Rts 2S. J’étais coopté comme futur animateur de la chaîne. C’est comme ça que j’ai intégré la Rts 2S.
Avec votre émission «Elles sont toutes belles» vous êtes souvent en contact avec de très jolies femmes. Comment arrivez-vous à gérer cette proximité ?
A mon niveau, je trouve qu’il n’y a aucun problème. C’est vrai que quand tu es un homme public les gens s’intéressent plus que de raison à ta personne. C’est ce qui fait souvent que les Sénégalais te considèrent comme une icône, que tu es loin de représenter. Ils sont très prompts à te faire mettre des habits de star alors que tu es à mille lieux d’en porter. Si vraiment le quidam ne réussit pas à garder la tête sur les épaules, cela crée inévitablement des situations délicates et souvent trompeuses. Heureusement en ce qui me concerne, j’ai la chance d’être particulièrement bien encadré. Je citerais en premier lieu dans ce lot, mon père, les membres de ma famille et les différentes personnes qui ont tant soi peu participé à ma formation. Je veux parler des quelques agents de la Rts et de quelques collègues et amis avec qui je travaille. Ils restent vigilants et me soutiennent de fort belle manière. C’est ce qui me motive et me permet de mesurer l’étendue du chemin qu’il me reste à parcourir et qui est, très loin de ce que le public pense de Pape Cheikh. Pour en revenir à votre question, j’avoue qu’avec la gent féminine je n’éprouve aucun problème particulier. C’est vrai que l’émission «Elles sont toutes belles» est exclusivement réservée aux femmes, mais j’arrive facilement à tirer mon épingle du jeu. Il est évident que j’y côtoie de très belles femmes, mais j’ai bien su m’imposer une ligne rouge à ne pas franchir, malgré les tentations qui ne peuvent manquer dans des cas pareils, j’arrive jusqu’à présent à m’édicter une ligne de conduite salvatrice.
Vous côtoyez beaucoup de musiciens, quelles sont les personnalités qui vous ont le plus marqué parmi ces stars ?
Il est admis que je travaille pour tous les artistes du Sénégal. Donc, il est évident qu’il me serait difficile d’avoir un penchant pour un quelconque artiste. Ce serait vraiment une attitude très gauche. En tout état de cause, je suis au mieux avec tout le monde, je m’entends bien avec tous. Surtout si on part du postulat que nous avons mutuellement besoin de nous soutenir. Ils ont besoin de nous autres et l’inverse coule de source, nous sommes donc condamnés à tisser des relations saines et franches. C’est ce qui fait que j’ai su nouer des contacts fructueux avec tous les artistes sans exception. Ils font preuve à mon égard d’une disponibilité jamais démentie. A quelque niveau qu’ils se situent à chaque fois que je les appelle, ils répondent favorablement car ils savent tous que c’est leur jeune frère qui les sollicite.
Pouvez-vous revenir sur les moments forts et aussi ceux, pénibles de votre jeune carrière ?
Ce qui m’a le plus marqué dans ma jeune carrière (car je considère toujours que je suis un simple débutant) c’est encore une fois mon passage à Dakar Fm. Ce passage m’a beaucoup marqué, car j’ai pratiquement tout fait dans cette station. J’ai pu bénéficier de l’encadrement précieux de personnes dévouées comme Michael Soumah (je l’ai déjà mentionné tantôt), Yakham Thiam Mbaye et d’autres aînés. A chaque fois, je le souligne dans la presse quand on évoque la question de mon départ de cette radio. Je réponds invariablement qu’il était arrivé un moment où le climat n’était plus favorable, pour ne pas dire plus. C’était devenu subitement trop dur pour moi de supporter toute cette pression… Il hésite… Alhamdoulilah, avec l’aide de Dieu j’ai pu dépasser cette passe difficile… (Hésitations)… En tout cas j’ai passé des moments que je n’oublierais jamais… Voilà… quoi. (Visiblement mal à l’aise).
Il vous arrive souvent de dire que vous misez beaucoup sur la formation. Pouvez-vous revenir sur ce choix ?
Rires… Voilà je vais encore faire une rétrospective et revenir sur cet aspect. A chaque fois, je suis obligé d’y revenir pour lever toute équivoque.Quand j’étais jeune, j’ai toujours voulu devenir Journaliste. Mais, je suis conscient qu’on ne devient pas journaliste du jour au lendemain, il faut tout de même apprendre le b.a.ba de la profession. D’autant plus qu’au Sénégal nous avons délibérément adopté les particularités du système français qui repose particulièrement sur les diplômes. Une démarche aux antipodes du système américain qui privilégie le savoir faire et la pratique. Puisque j’ai eu la chance d’avoir très tôt acquis ces deux aspects du métier (savoir faire et pratique ndlr) il me reste maintenant à mieux maîtriser les rudiments de la profession. Pour ce faire, je souhaite vraiment, vraiment, vraiment (3 fois), décrocher un diplôme en Communication, dans le pire des cas. C’est une formation qui me tient particulièrement à cœur. C’est la raison fondamentale qui m’a poussé à m’inscrire dans un Grand Institut de formation de la place. Je démarre mes cours la semaine prochaine. Je souhaite vivement terminer le cursus. Car les diplômes sont d’une importance capitale, ne serait que dans le souci de monter en grade et d’améliorer sa situation professionnelle. D’autant plus qu’avec la radio qui me prenait tout mon temps je n’ai pas eu la latitude de mener à terme mes études secondaires. En ce moment précis mon amour viscéral pour la radio et la télévision a négativement déteint sur la bonne marche de mes études. Vous n’êtes pas censé savoir que les études sont d’un exclusivisme déroutant. Avec toute la volonté du monde, il est difficile de concilier l’animation et les cours à l’école. Je dois avouer qu’ il arrivait même que mes collègues me chassent des studios afin que j’aille suivre mes cours, lorsque je faisais la classe de Terminale. Mais rien n’y a fait .Le ver était déjà dans le fruit ; mon amour de la radio ne me laissait aucun répit. Maintenant, j’ai vraiment envie de décrocher ce parchemin en Communication.
Ce qui distingue Pape Cheikh, c’est sa courtoisie légendaire. Est-ce une attitude naturelle ou bien un simple rôle que vous tenez devant la caméra ?
Je suis dans l’obligation de relativiser ce jugement. Ce n’est pas seulement au Sénégal, mais dans tous les pays du monde.Il est quasiment impossible de plaire à tout le monde. Donc, il suffit de partir de ce postulat pour savoir que l’Humilité est la meilleure arme d’un animateur. Surtout pour quelqu’un qui a grandi sous l’aile protectrice de certaines personnes comme Michael Soumah. Il est pratiquement exclu d’adopter une autre ligne de conduite que celle de la simplicité et de la connaissance de soi. Néanmoins, je garde à l’esprit l’adage qui stipule que : qui cherche, trouve. Il ne manquera jamais des personnes pour vous faire porter le bonnet d’âne. En ce qui me concerne, je pense sincèrement que je viens d’un milieu où j’ai reçu une bonne éducation. Jusqu’à présent, je ne cesserais jamais de remercier mon père pour tous ses efforts consentis à mon endroit. J’ai un père policier et tout le monde est censé savoir le rigorisme tout… policier que les membres de cette corporation traînent avec eux. Depuis toujours j’habite dans un camp avec mes parents. C’est donc un terrain fertile à l’acquisition d’une certaine humilité car vous êtes tous logés à la même enseigne et il ne te viendra jamais à l’esprit de snober quelqu’un ou d’adopter une attitude hautaine envers qui que ce soit où bien d’avoir des comportements déplorables ou d’attraper la Grosse tête. Maintenant, comme je l’ai mentionné tantôt, le public cherchera toujours à trouver à redire. A mon niveau, je suis conscient que c’est une attitude naturelle qui n’a rien de circonstancielle. Je vais vous surprendre en vous affirmant que je suis un grand timide. C’est pour marquer ce trait de caractère qu’il m’arrive souvent de taquiner mes amis et mes proches. Il est fréquent que je sente une certaine frustration au niveau de mes collègues et amis qui se sentent touchés par mes blagues, mais c’est une manière détournée de masquer ma grande timidité. Cela n’a rien de méchant.
Pouvez-vous délivrer, pour finir votre dernière adresse à l’endroit de nos lecteurs ?
C’est plutôt à un appel au travail que je vais adresser aux Sénégalais. Je trouve que nous passons trop de temps à parler. Les gens ont tendance à privilégier les palabres stériles au labeur qui libère. Aussi bien dans la presse qu’au niveau du grand public, la Parole occupe une place de choix. Il ne faut pas oublier que le Sénégal est un havre de paix et que son peuple est pacifique à souhait. Le Sénégalais a horreur des situations pénibles. Nous avons la chance d’avoir des figures emblématiques qui ont laissé un héritage considérable. Il ne faudrait surtout pas prêter le flanc. Au lieu de passer tout notre temps à disserter sur tout et sur rien, nous devons nous atteler à mettre sur orbite un pays émergent où il fera bon vivre. Ce qui amènera les jeunes à ne plus rêver d’aller émigrer en Europe. Il urge que les mentalités changent et que nous nous mettions tous au travail, pour l’émergence d’un Sénégal uni et prospère.
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